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Le cheval est-il intelligent ?

Définition du Petit Larousse :
Le cheval est-il intelligent? Intelligence :

Faculté de comprendre, de saisir par la pensée.

L’intelligence distingue l’homme de l’animal.

Aptitude à s’adapter à une situation et à choisir en fonction des circonstances.

Capacité de comprendre, de donner un sens à certaines choses.

Les chevaux que vous fréquentez comprennent sûrement "au pas", "au trot", "au galop", "ho, ho", "là" et peut être quelques autres expressions et, si vous êtes cavalier, vous avez probablement vu des chevaux qui répondaient aux demandes du moniteur alors que les cavaliers n'avait pas encore agi.
Est-ce la seulement une association" action = réaction" ?

Pour ceux qui n'ont pas encore monté un cheval et pensent s’initier à l’équitation, un moniteur est un professeur d'équitation tandis qu'un cavalier est la personne qui monte le cheval. Le moniteur (professeur) est la personne qui est généralement au sol et qui donne des directives pour que le cavalier puisse les retransmettre au cheval par le biais des aides (les rênes, la position du corps et évidemment les jambes). Exemple de demande: "au pas, au trot, au galop".

Il arrive souvent que le cheval qui comprend bien ces termes s'exécute avant que le cavalier n'ait eu le temps d'agir. C'est ce que l'on appel l'anticipation du cheval. Un cheval qui est trop "intelligent" ou qui répond trop rapidement à la voix du moniteur (professeur équestre) est en général un mauvais cheval d'école puisse que l'élève (cavalier) ne peux apprécier s'il a bien fait la demande ou pas, le cheval ayant exécuté l'ordre avant toute demande. Un bon cheval d'école doit "ignorer" les paroles du moniteur et ne se fier qu'aux demandes de son cavalier.

Il faut se méfier de l’anthropomorphisme : la tendance à attribuer aux êtres et aux choses des réactions humaines.

D'où vient le fait que certains chevaux puissent être si peu coopératifs ou rétifs ?

  • on le remise et confine comme une machine à l'écurie où son cerveau fonctionne au ralenti pendant des heures ;

  • on lui fait faire mécaniquement un travail ennuyeux ;

  • on le récompense peu, alors que la motivation positive est capitale pour l'apprentissage et la mémorisation ;

  • on le puni souvent parce qu’il a trop d’énergie au sortir de l’écurie alors que c'est le plus souvent néfaste ;

  • on ne sollicite ni exerce ses capacités mentales, de sorte qu’il est incapable de comprendre son milieu et de s'y adapter convenablement.

La parole permet de donner des instructions précise, de compenser les aides approximatives ou mal comprises. Par la suite on laisse faire le cheval et on évite ainsi la passivité. Les instructions parlées permettent d'établir une meilleure relation avec le cheval et celui-ci peut exercer son potentiel d'intelligence.

Les critères de l'intelligence

Les spécialistes du comportement animal ont dégagé certains critères qui permettent de classer les espèces selon le niveau de leurs aptitudes mentales. Ils ont remarqué que les animaux les plus aptes à la résolution de problèmes assez complexes sur le plan pratique et sur celui du raisonnement sont ceux qui mettent longtemps à devenir adultes, ont une vie longue et se reproduisent lentement, ce qui est le cas des grands herbivores dont le cheval.

Pourquoi ?

Parce qu'une longue vie exige que l'animal s'adapte aux changements qui affectent son milieu au fil du temps, exige de lui qu'il comprenne ce milieu et se montre débrouillard. Pour cela, il faut aller longtemps "à l'école" des grands, être longuement éduqué par une mère qui ne soit pas débordée par une famille nombreuse. C'est le cas du cheval qui peut vivre très longtemps. Il ne devient adulte qu'entre 5 et 7 ans selon sa race et demeure assez longtemps près de sa mère qui le porte 11 mois et n'a qu'un poulain à la fois. Le jeu, activité favorite du cheval, développe chez lui une capacité à faire semblant, à imaginer et anticiper des réactions.

La mémoire

Toutes les opérations mnésiques nécessitent de l'intelligence. Inversement, on ne peut être intelligent si l'on oublie au fur et à mesure ce qu'on sait ou ce que l'on sait faire. Or la mémoire du cheval est réputée et à juste titre. Il en est de même pour tous les grands herbivores à la longévité importante : on ne peut s'adapter aux modifications de l'environnement si on ne sait pas utiliser ce qu'on a appris et retenu des diverses expériences antérieures.

La première condition pour une bonne analyse des données, c'est de les percevoir et d'avoir une capacité sensorielle bien développée.

Les sens du cheval sont importants :

  • son ouïe est supérieure à la nôtre : il entend plus loin, perçoit des sons de basse fréquence et des ultrasons inaudibles pour l'homme ;

  • la position de son œil lui permet un plus large champ de vision latérale, presque 340° ;

  • son odorat est imbattable ;

  • sa sensibilité tactile, accrue par les poils, lui permet de sentir les petites pattes de mouches trottinant sur lui et même le vol d'une guêpe à 20 cm.

Sensibilité performante, mémoire, faculté d'analyser des données, tout cela nécessite un cerveau capable d'enregistrer les données et de les traiter. Cela nécessite aussi un "câblage" adéquat. Les neurones ont une tendance naturelle à créer des connexions entre eux ; mais encore faut-il leur donner un petit coup de pouce, et si possible dans le bon sens. Dans un milieu artificiel, il existe de nombreux facteurs qui empêchent les connexions neuronales ou créent ces connexions de façons inadéquates :

  • beaucoup d'objets, d'actions humaines sont sources d'un stress pour le cheval, suscitant des réactions irréfléchies et des associations inadéquates. L'utilisateur de celui-ci sait rarement lui rendre compréhensible tout ce qui se passe dans son environnement ;

  • l'homme préfère souvent que le cheval travaille mécaniquement, sans comprendre, et empêche ces associations de se former, alors qu'il serait important et utile qu’elles existent.

  • 23 heures par jour d'inactivité et de confinement dans le même cadre restreint ne sont pas faites pour structurer un cerveau équin qui sommeille beaucoup trop longuement.

Non, le cheval domestiqué n'est pas réellement intelligent en général. Oui, son potentiel d'intelligence est néanmoins important. Et voilà pourquoi on ne s'accorde pas entre utilisateurs : on ne parle pas de la même chose lorsqu'on emploie le mot "intelligence".

Le cheval ne naît pas intelligent (l'enfant non plus, à la base mais en a tout le potentiel), par contre, il peut le devenir si les circonstances sont favorables. Or les circonstances, ce sont les hommes qui les fabriquent. D'où un optimisme mesuré : les hommes mettront sans doute un certain temps à repenser leurs habitudes et à réaliser que les muscles ne répondent bien et volontiers que lorsque le cerveau qui les commande est lui-même en bon état de marche.

Osez seulement imaginer que, à peine 1 heure par jour, quelqu’un vienne vous voir et vous parle dans un langage qui vous est complètement étranger. Imaginez que vous êtes constamment dans un environnement que vous ne pouvez voir qu’en partie. Ne seriez vous pas un tout petit peu paniquez par moment ?

Pensez s’y : comment réagirions-nous si nous étions confinés 23 heures par jour dans une pièce à peine plus grande que l’espace d’un lit… Serions-nous les êtres dit intelligents que nous pensons êtres ?

Qu’en serait-il de notre « grande intelligence » si nous étions sans aucun stimulus extérieur pendant la majorité de notre vie ?

Pour conclure cet exposé, le cheval domestique pourrait avoir un cerveau plus développé et plus évoluer que celui qu’on lui connaît en général. Le cheval d’aujourd’hui, s’il était traité différemment et considéré comme un être à part entière aurait peut être une chance d'atteindre son plein potentiel et de se fait, de paraître plus intelligent. Malheureusement, nous sommes pour la plupart encore loin d’admettre que le cheval puisse évoluer sur un niveau se rapprochant de l’intelligence dite humaine.

Si vous voulez que votre cheval comprenne vos besoins, essayez d’abord de comprendre les besoins de votre cheval.

Source : Chantal Ramsay

La Chronique
Vétérinaire

 

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