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Dermatologie

Santé équine

LES HYPERSENSIBILITÉS CHEZ LE CHEVAL

Voici un petit texte, qui, je l’espère, répondra à vos questions sur les allergies chez le cheval. Si vos questions demeurent, votre vétérinaire pourra sans doute vous éclairer un peu plus!

  1. L’hypersensibilité aux piqûres d’insectes

    L’allergie aux piqûres d’insectes est un phénomène rencontré chez les chevaux de toute race, de tout âge et autant chez les mâles que chez les femelles. Les chevaux d’Islande semblent par contre être prédisposés. Ce qui caractérise la réaction allergique est que le cheval au lieu de ne montrer aucune ou, à la limite, peu de lésion suite à la rencontre avec ces insectes va développer des lésions évidentes. Ces lésions sont : des démangeaisons (ou prurit), des pertes de poil (ou alopécie), des excoriations, de la lichénification (la peau ressemble à de la peau d’éléphant), des boutons (ou papules) et/ou des croûtes. Plusieurs insectes différents peuvent occasionner des réactions allergiques et la localisation des lésions aide à deviner à quelle espèce en particulier notre cheval est allergique. Cependant, ces localisations peuvent changer sensiblement d’un cheval à l’autre.
     

    • Mouches noires (Simulium sp) : Lésions à la tête, aux oreilles et à l’abdomen ventral.
    • Mouches d’étables (Stomoxys calcitrans) : Lésions au niveau de la portion distale des membres ainsi qu’à l’abdomen ventral, au dos et à la poitrine.

    • Culicoïdes sp : Lésions sur la partie dorsale du cheval, principalement au niveau de la crinière et de la queue.

    • Mouches à cornes (Haematobia spp) : Lésion au pourtour de l’ombilic.

    • Moustiques : Lésions aux aspects latéraux du corps du cheval.

    • Mouche à chevreuil (Chrysops spp), Mouches à cheval (Tabanus spp), Mouches de maison (Musca spp), Abeilles et Guêpes : Lésions partout sur le corps.

    Le meilleur traitement contre l’allergie aux piqûres d’insectes est, bien sûr, de contrôler au maximum les insectes. Pour se faire, il faut connaître un peu les insectes auxquels nous avons affaire. En connaissant le moment où ces insectes sortent pour se nourrir, il est préférable d’éviter de sortir notre cheval lors durant ces quelques heures. Par exemple, les mouches à cheval, les mouches d’étables, les mouches noires et les mouches à cornes (horn flies) se nourrissent durant la journée. Les moustiques et les Culicoïdes spp, à l’inverse, se nourrissent à la tombée de la nuit et durant les deux premières heures après le lever du soleil. En connaissant où ces mêmes insectes se reproduisent, il est possible d’éliminer ou réduire ces lieux pour ainsi diminuer la charge d’insectes. Par exemple, éliminer l’eau stagnantes où se reproduisent les moustiques et les Culicoïdes spp se débarrasser du fumier de bovin frais où se reproduisent les Mouches à cornes ou encore éliminer les végétaux et le fumier en décomposition où se reproduisent plusieurs autres insectes (Mouches d’étables et de maisons). Le contrôle des insectes peut aussi se faire en posant des moustiquaires aux fenêtres et en utilisant des masques en filet pour protéger la tête et les oreilles et une couverture pour protéger les flancs, le dos et la poitrine. Finalement, il est conseillé d’utiliser des insectifuges pour éloigner les insectes. Ceux-ci peuvent posséder une action résiduelle (comme ceux contenant de la pyréthrine) ou peuvent contenir de la perméthrine et du pyrproxifen (efficaces contre les Culicoïdes spp). L’utilisation hebdomadaire de fipronil peux servir à éloigner les Culicoïdes. L’huile pour le bain Avon Skin So Soft dilué dans une portion égale d’eau s’avère aussi un répulsif pour les insectes, mais a une courte durée d'action. Tous ces produits doivent tout de même être utilisés judicieusement en respectant leur étiquette et en vérifiant qu’ils ne causent pas eux-même des problèmes de peau.

    Malheureusement, en dépit de ces initiatives, il faut parfois avoir recours à une médication. Votre vétérinaire pourra vous indiquer si votre cheval mérite un traitement quelconque et surtout laquelle, dépendamment de son état. Parmi les médications utilisés, on retrouve les antihistaminiques (comme l’hydrochloride d’hydroxyzine) et les corticostéroïdes systémiques (comme la dexaméthasone ou la prednisolone).
     

  2. Les allergies alimentaires

    C’est un phénomène excessivement rare. Les lésions peuvent impliquer la peau, le système digestif et le système respiratoire. On peut donc observer du prurit, des papules, de l’urticaire, des flatulences, de la diarrhée, des signes de souffle et de l’asthme. Le diagnostique de l’allergie alimentaire se fait principalement en retirant de l’alimentation certains aliments réputés allergènes pour une période d’au moins trois mois. Si les symptômes disparaissent, on réintroduit cet aliment. Si les symptômes réapparaissent, c’est que le cheval est allergique à cet aliment. Il faut alors le retirer complètement de la diète de notre cheval. Il arrive aussi que l’on doive mettre le cheval sous une diète hypoallergénique. Cependant, consultez toujours votre vétérinaire avant d’instiguer une diète hypoallergène pour votre cheval.
     

  3. Les dermatites de contact

    Ce type d’hypersensibilité est rare et différent des autres car il prend des semaines à se développer. Les causes sont nombreuses. Il peut s’agir de plantes, de la litière, de médications topiques, de chasse-insectes en spray. La localisation des lésions peut aider à identifier la cause de la dermatite de contact. En effet, des lésions aux pattes et/ou au nez et à la face font penser à une dermatite due à une plante ou à la litière tandis que des lésions sur la face, les oreilles, le cou et le tronc suppose plutôt une dermatite due à un chasse-insectes. Les lésions principales rencontrées sont de l’érythème, de l’enflure, du suintement, de la douleur. Ces lésions peuvent évoluer vers de l’alopécie, de la lichénification et la formation de croûtes. Les premiers signes apparaissent 2-3 jours après le début de l’exposition à la substance en cause. S’ils ne sont pas traités, ils vont évoluer sur des semaines et des mois. Le traitement de prédilection est, bien sûr, d’éviter la substance qui provoque la réaction.
     

  4. Les atopies (ou allergies)

    Cette condition héréditaire peu commune chez le cheval se caractérise par la formation d’anticorps nommés immunoglobulines E (IgE) contre certains allergènes (ex : pollen). Lorsque des globules blancs nommés "mastocytes", sensibilisé par des IgE (présents à leurs surfaces), rencontrent l'allergène, il y aura libération de substance inflammatoire, telle que l’histamine. Celle-ci va engendrer des modifications dans l’organisme qui seront visibles par les nombreux signes cliniques que l’animal va démontrer. Ces signes cliniques peuvent être au niveau de la peau (prurit, alopécie, excoriation, formation de croûtes et de squames, érythème et, surtout, urticaire) mais aussi au niveau des systèmes digestif et respiratoire, pouvant se rendre jusqu’au choc anaphylactique et même jusqu’à la mort. Le diagnostique peut s’établir, outre par l’histoire et les signes cliniques, par un test d’allergie intradermique (TAID). Ce test consiste en l’injection dans le derme d’allergènes connus en notant bien chaque site d’injection. La lecture du test se fait après 15 minutes, 30 minutes, 4 à 6 heures et 24 heures. Il faut alors comparer chaque site d’injection avec le contrôle négatif (injection de saline) et le contrôle positif (injection d’histamine) en fonction de leur grosseur, fermeté, rougeur et forme. Cependant, quelques allergènes peuvent provoquer une réaction lors de ce test sans toutefois signifier que le cheval est allergique à cet antigène. Le TAID est donc plus ou moins fiable chez le cheval. Un autre test est possible. Ce dernier recherche dans le sang la présence d’anticorps contre certains allergènes. Ce test n’est malheureusement pas vraiment plus fiable que le TAID. Pour ce qui est des traitements possibles, la diminution de l’exposition du cheval à l’allergène est de mise. Il est aussi possible d’entreprendre un traitement d’hyposensibilisation. L’administration d’antihistaminiques ou de corticostéroïdes, combinés ou non avec des comprimés d’acide gras, de même que les shampoings, lotions et sprays à base d’avoine, d’aloès, de pramoxine ou d’hydrocortisone peuvent aussi être entrepris. L’avis de votre vétérinaire est cependant primordial avant de débuter tout traitement.

Faculté de Médecine vétérinaire, Université de Montréal Karine Gélinas
 (étudiante de 3e année) et
 Erin Gillam
(étudiante de 3e année)

Dr Jean-Pierre Lavoie, DMV, Diplomate ACVIM
Professeur titulaire, Médecine interne équine
Faculté de Médecine
Université de Montréal

 

La Chronique
Vétérinaire

Clinique
23 février 2008

 

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