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Santé équines

Le Headshaking, ou « tic à l’encensé »

Question :

J'ai une pouliche de deux ans, une jument quarter horse de plaisance que j'ai débourrée moi-même cet hiver, tout va bien, elle est très travaillante et sans malice et ce jusqu'au mois de mai ou j’ai commencé à aller dehors. Elle a commencé du jour au lendemain à secouer la tête brusquement, à atchoumer constamment, à se gratter le nez partout, à ronfler au galop, à faire sortir l'air très bruyamment et au trot elle est incontrôlable. Dans le pacage elle ne le fait presque pas et dans le manège intérieur non plus. Elle n'est pas agressive pour autant, juste hors-contrôle étant donné qu'elle donne toujours des coups de tête. C'est très difficile de la monter alors son entraînement est retardé.

On me dit qu'elle a un tic à l'ouvrage, moi je n'y crois pas car elle est toujours contente de me voir et vient vers moi pour se faire attraper. Je n'ai jamais eu à la chicaner car elle a toujours été correcte avec moi, elle n'a jamais brunker et m'a acceptée tout de suite. Je l'ai depuis la naissance (j'ai aidé sa mère à la mettre au monde). C'est une super jument!!! Cette semaine j'en ai parlé à mon vétérinaire et elle m’a parlé du Head Shaking Syndrom !!! J’ai fait quelques recherches sur le net et me suis rendu compte que ce sont tous ses symptômes!!! Cependant les sites sont en anglais. Pourriez-vous me donner plus de détails sur cette maladie et les traitements qui sont prescrits???

Réponse :

LE HEADSHAKING

Le Headshaking, aussi appelé « tic à l’encensé » ou encore « encensement », se caractérise par un ensemble de comportements anormaux de la tête

Le Headshaking, aussi appelé « tic à l’encensé » ou encore « encensement », se caractérise par un ensemble de comportements anormaux de la tête, soudains et incontrôlables qui surviennent, apparemment, en l’absence de stimulus externe. Les causes sont multiples allant d’un problème neurologique à tout inconfort au niveau de la tête.

Les principaux comportements observés lors de cette condition sont : un mouvement de la tête de haut en bas, les agissements qu’aurait le cheval si une mouche lui tournait autour du nez, un frottement du nez sur des objets ou au sol. On remarquera aussi d’autres comportements tel : des reniflements, des éternuements, un soulèvement de la lèvre supérieure, un mouvement de la tête sur les côtés, une tentative de se frapper la face avec un antérieur, etc. Ces comportements vont se produire tant au repos que pendant le travail, avec parfois une augmentation de la force ou de la fréquence durant le travail ou lorsque le cheval est excité. Certains chevaux ne vont démontrer ces comportements que périodiquement, la plupart du temps durant le printemps, l’été et l’automne, avec un moment d’arrêt durant l’hiver. Pour ces chevaux, les signes vont empirer lors des journées ensoleillées et diminuer lors des journées pluvieuses, la nuit ou à l’intérieur.

La population de Headshakers compte des représentants de presque toutes les races, bien que l’on dénote une certaine prédisposition pour les Thoroughbreds. Ce sont plus souvent des chevaux de plaisance, mais on retrouve aussi des chevaux utilisés à toute autre fin. Pour ce qui est du sexe du cheval, les hongres semblent prédisposés mais on compte tout de même bon nombre de juments et d’étalons atteints. L’âge moyen d’apparition du headshaking n’est pas constant selon les études, mais on retrouve des headshakers de tout âge, allant de 1 à 30 ans.

Pour bon nombre de chevaux, la cause du headshaking n’est jamais déterminée. Plusieurs hypothèses sont par contre proposées. Parmi celles-ci on retrouve la photophobie ; la névralgie faciale (atteinte du nerf de la sensibilité faciale, le nerf trijumeaux) ; la douleur neuropathique (douleur générée par un nerf blessé sans qu’il y ait stimulus douloureux) ; l’irritation nasale superficielle ou profonde pouvant être causée par une augmentation d’écoulement par le conduit lacrymal, une urticaire cholinergique (réponse cutanée inadaptée à la stimulation cholinergique des glandes sudoripares) ou une anaphylaxie induite par l’exercice ; l’irritation cutanée due aux mites ou aux piqûres de moucheron ; les allergies au pollen ; les otites et désordres de l’oreille moyenne ; les mites d’oreille ; la rhinite ; l’ostéite dentaire péri-apicale ; la mycose des poches gutturales ; la myeloencéphalite à protozoaire équine (EPM) ; les problèmes de comportement ; etc.

Plusieurs traitements sont possibles pour contrôler le headshaking. L’investigation du cas par votre vétérinaire peut mener à la détermination d’un diagnostic spécifique traitable. Pour les autres cas dont la cause reste indéterminée, bien souvent, plus d’un type de traitement devront être entrepris pour obtenir un résultat. Afin d’aider votre vétérinaire à poser le diagnostique le plus précis ou encore pour établir le ou les traitements les plus pertinents, il faut déterminer les principaux signes cliniques du cheval ainsi que les moments où il les fait. La détermination d’un lien cause à effet facilite la démarche thérapeutique ou le contrôle du headshaking.

Le meilleur moyen de gestion du headshaking semble être l’utilisation d’un filet pour le nez lors de la monte
Photo tirée du site
http://horseandhound.co.uk

Le meilleur moyen de gestion du headshaking semble être l’utilisation d’un filet pour le nez lors de la monte (succès complet chez 25% des utilisateurs). Son fonctionnement pourrait résulter d’une forme de contre-stimulation due à l’augmentation de la surface stimulée, de la formation d’un filtre grossier ou de la perturbation du flot d’air dans les narines. Couper les poils sensitifs peut aussi améliorer l’efficacité du filet pour le nez. Les filets pour la face ou pour les oreilles ont aussi un potentiel d’amélioration du headshaking, quoique moindre que le filet pour le nez. Le taux de succès de ces différents filets pourrait dépendre de la raison initiale du headshaking.

L’application de vinaigre et d’huile d’olive sur le nez pourrait fournir un écran physique aux terminaisons nerveuses contre les stimulations externes, mais n’est rapporté efficace que très peu longtemps. L’utilisation d’un écran solaire sur le nez d’un cheval à la peau rose ou claire peut diminuer l’irritation due aux coups de soleil. La coupe des poils sensitifs du nez seule n’est pas efficace pour diminuer le comportement du headshaking.

D’autres moyens, tel l’utilisation d’une frange de cuir attachée au licou du cheval afin que celle-ci couvre le nez, garder le cheval dans une écurie ouverte, monter le cheval le soir seulement, déménager le cheval, nourrir le cheval de foin et d’herbe seulement, possèdent eux aussi leur taux de succès variable dans la réduction du comportement de headshaking.

Les traitements médicamenteux comprennent l’administration d’anti-histaminiques, de corticostéroïdes et d’antibiotiques. La combinaison de cyproheptadine (un anti-histaminique) et de carbamazépine (un anti-convulsivant utilisé pour soulager la douleur névralgique) offre un taux de succès respectable. La névrectomie du nerf infraorbital est possible mais les complications qui y sont associées et son taux de succès bas n’en font pas une très bonne option de premier recours. L'efficacité des thérapies alternatives comme l’acuponcture, la chiropractie, l’homéopathie, l’herbologie, etc. reste à être démontrée.

Finalement, le Headshaking, quoique de plus en plus reconnu et étudié, demeure une maladie nébuleuse et frustrante due au fait que sa cause est peu souvent élucidée et que le traitement va souvent être effectué, fort malheureusement, à tâtons.

Références :

  • Mills DS, Cook S, Taylor K, Jones B, Analysis of the variations in clinical signs shown by 254 cases of equine headshaking, The Veterinary Record, vol 150, 2002, pp 236-240

  • Mills DS, Cook S, Jones B, Reported response to treatment among 254 cases of equine headshaking, The Veterinary Record, vol 150, 2002, pp 311-313
  • Madigan JE and Bell SA, Owner survey on headshaking in horse, JAVMA, vol 219, no 3, 2001, pp 334-337

Faculté de Médecine vétérinaire, Université de Montréal Karine Gélinas
Étudiante de 4e année

Dre Carla Césarini, DMV, Résidente en médecine équine,
Faculté de Médecine, Université de Montréal
Saint-Hyacinthe

Sous la supervision de :
Dr Jean-Pierre Lavoie, DMV, Diplomate ACVIM

Professeur titulaire, Médecine interne équine
Faculté de Médecine
Université de Montréal

La Chronique
Vétérinaire

Clinique
23 février 2008

 

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